06 12 93 04 40

banda.pro@orange.fr

Clermont-Ferrand, Lyon et alentours

Frédéric Banda

« Effets de l’explicitation sur la confiance, en soi et en l’autre, dans un dispositif d’accompagnement en VAE » publié dans le numéro 23 de la Revue « Chemins de formation » chez L’Harmattan

16 octobre 2019

À Noël Denoyel,
pour son accompagnement en confiance

Résumé : L’accompagnement que je réalise auprès de candidats en VAE repose sur une relation de confiance. Cette confiance est possible grâce à mon écoute et à ma reconnaissance de l’expérience du candidat. Quant au candidat, il prend confiance en lui en réalisant le travail d’explicitation de son expérience qui lui permet de prendre conscience de – et de croire en – ses capacités. Cette confiance lui permet de s’émanciper de son récit, devenu partageable, et de son accompagnateur.

Mots clés : Accompagnement ; Confiance ; Emancipation ; Estime de soi ; Expérience ; Explicitation ; Réciprocité ; Reconnaissance ; VAE ; Valorisation des compétences.

Cet article est issu d’un travail de recherche[1] sur ma pratique d’accompagnateur en Validation des Acquis de l’Expérience (VAE) mené dans le cadre de ma formation universitaire. Je pose une réflexion à propos des effets de l’explicitation sur la confiance, en soi et en l’autre, dans un dispositif d’accompagnement en VAE[2]. Je rappelle que la VAE permet au candidat de porter un regard réflexif sur son expérience pour se reconnaître capable, avant même d’être reconnu dans ses compétences par ses pairs (validation du diplôme par un jury). Lorsque le candidat est accompagné dans son parcours (constitution du Livret 2), il est essentiel que son accompagnateur instaure avec lui une relation de confiance[3].

Je base ma réflexion sur mon expérience personnelle d’accompagnateur : lorsque j’ai commencé l’accompagnement, je mettais l’accent sur l’accueil bienveillant du candidat et de son expérience. Puis j’ai développé une compétence interrogative pour amener le candidat à acquérir un regard réflexif sur son expérience. J’ai finalement compris que par le travail d’explicitation de son expérience, le candidat prend alors conscience de ses compétences et gagne confiance en soi ce qui lui permet de s’émanciper de son accompagnateur.

L’expérience produit de la connaissance

Rappelons comment se constitue la connaissance issue de l’expérience et combien la mise en sens de l’expérience singulière du candidat est une phase délicate et sensible. Le terme expérience provient du verbe latin experiri signifiant éprouver, sortir de l’épreuve. Il désigne le fait d’acquérir une connaissance par la pratique (faire l’expérience). C’est, par extension, le résultat de cette acquisition, c’est-à-dire l’ensemble des connaissances concrètes acquises par l’usage. Toute expérience est donc une confrontation à une épreuve, un passage d’un état à un autre, un ajustement permanent entre un être vivant et son environnement (selon John Dewey). Chaque expérience est singulière car elle résulte d’un équilibre entre le sujet et des situations particulières dans des contextes spécifiques. L’expérience est un processus dynamique qui mobilise tout notre être (corps et esprit) couplé à nos émotions et qui produit des connaissances qui s’incorporent silencieusement dans l’individu, se transforme, se combine avec des savoirs et permet la construction de nouvelles connaissances. Cette connaissance est donc intérieure et singulière, encodée avec les émotions de la personne. Ainsi ce patrimoine cognitif est unique pour chaque individu qui élabore un rapport actif au monde pour s’en faire une représentation qui lui est propre. On peut ainsi affirmer que l’expérience est le sujet et que « personne ne peut faire l’expérience de mon expérience » (Clénet).

Ce processus génère des habitudes d’action qui permettent le bon geste au bon moment à condition toutefois que ces habitudes soient régulièrement questionnées de manière réflexive. L’expérience est à la fois processus de production de connaissance et produit de l’autonomie du sujet. En conséquence, en VAE j’accompagne le candidat à reconnaitre positivement la connaissance expérientielle qu’il a de son métier et sa capacité à apprendre de son expérience par un processus d’intégration (pensées, gestes, agirs). Sachant que les connaissances acquises par l’expérience sont intrinsèques à chaque personne, je dois faire attention à respecter cette expérience singulière lors du travail d’inventaire puis d’explicitation de son expérience par le candidat. Accompagner la réflexivité sur l’expérience vécue est une opération d’autant plus délicate que travailler sur sa mise en sens, par l’explicitation, devient progressivement une expérience de transformation de soi (Denoyel). C’est un processus sensible qui nécessite que l’accompagnateur intervienne avec beaucoup de bienveillance et de réassurance auprès du candidat.

L’accueil bienveillant de l’expérience du candidat

Cette expérience vécue et intégrée au candidat – qu’il porte en lui sans y avoir encore réfléchi – sert de support à la relation entre l’accompagnateur et le candidat. C’est sur ce tiers que le travail de réflexivité va se réaliser (cf. schéma 1) et sur lequel peut se construire la confiance dans la relation entre les deux sujets.


Figure 1 : Accueil de l’expérience du candidat

Considération positive et reconnaissance de l’expérience du candidat

Le candidat en VAE sait, intérieurement, qu’il est capable, car pour se lancer en VAE il faut y croire. Mais il a besoin que d’autres le reconnaissent (notamment le jury). Avant même que le travail de réflexivité ne commence, la reconnaissance de l’expérience de l’autre pose les bases de la relation de confiance. Pour Ricœur, la confiance est indissociable d’une conception du sujet autonome et de sa reconnaissance comme individu capable et responsable (Assayag). Considérer positivement l’expérience du candidat, c’est l’accueillir telle qu’elle est, et assurer celui-ci que grâce à son expérience il a acquis des compétences (capacités à agir de manière adaptée en situation). En affirmant au candidat que son expérience est singulière et qu’elle est chargée d’une réelle valeur (valorisation de l’expérience), je lui offre la possibilité d’avoir confiance (croire, avoir foi) dans son expérience, et donc en lui. Faire le don de reconnaître et croire (avoir confiance) en la valeur de l’expérience et des capacités du candidat lui permet de se reconnaître capable.

Réciprocité dans la relation

La confiance naît aussi de la volonté de réduction de l’asymétrie des places entre le candidat et moi, afin de créer parité et réciprocité dans la relation. C’est une posture de renoncement volontaire à toute forme de domination sur le candidat (intellectuelle, sociale). En proposant de se concentrer sur la situation que le candidat apporte, celle-ci devient le tiers partagé auquel il faut apporter une « attention conjointe », en parité. L’accompagnement est une copropriété qui n’appartient ni à l’accompagnant ni au candidat, mais aux deux (Paul). L’accompagnateur peut, dans la relation, échanger – comme un don – des éléments autobiographiques (parler de son parcours par exemple[4]). Accepter de se dévoiler pour permettre au candidat de s’autoriser à se dévoiler à son tour, c’est lui montrer qu’on lui fait confiance. Ainsi, ce double mouvement de réciprocité réflexive assumée (donner et recevoir) amène à une égalisation des pouvoirs dans la relation (Denoyel).

Dans ma pratique actuelle d’accompagnement collectif[5], je constate que le groupe permet de limiter le risque de domination de l’un sur l’autre, du fait de la dilution de l’asymétrie des places au sein du groupe. Cela permet de sortir du dualisme de l’accompagnement individuel et décentre la place de l’accompagnateur : celui-ci n’est plus le seul « alter-écho » du candidat qui a plusieurs interlocuteurs (autres candidats) lui renvoyant, dans une réciprocité entre pairs, des points de vue différents.

Ecoute sans jugement, congruence, empathie bienveillante

« Nous ne pouvons pas nous mettre à la place d’autrui et l’expérience qu’autrui a de lui-même nous reste à jamais interdite sous sa forme originaire » (Ricœur). Pour autant, nous avons la capacité d’essayer de ressentir l’expérience subjective de l’autre : c’est l’empathie qui demande de se placer à l’écoute de l’autre pour tenter de le comprendre (Rogers). Pour donner la possibilité au candidat de se dévoiler en confiance, je lui explique que mon écoute se veut sans jugement et sans interprétation. Ecouter, c’est aussi savoir sortir de son propre cadre de référence pour prendre en compte ce que dit le candidat et le laisser raconter ce qu’il a à dire, lui permettre de dérouler son récit en restant présent, attentif et éveillé à l’autre dans la proximité (Breton).

Au début du processus, le candidat peut manquer de confiance car il ne sait pas ce qu’on attend de lui. Il s’inquiète quand il comprend l’ampleur du travail d’explicitation que la VAE demande. Etant congruent, je lui dis qu’effectivement ce parcours demande du travail et qu’il s’engage dans un processus de changement qui va le remettre en question. Je lui explique qu’il doit être prêt à s’envisager différemment ensuite, mais qu’en même temps cela l’amènera, en fin de compte, à voir son expérience positivement.

Montrer de l’intérêt au candidat, faire preuve de bienveillance, cela passe par des gestes simples : être aimable, ouvert, disponible, avoir un regard bienveillant, une intonation de la voix apaisante. Prendre soin de la relation, c’est accepter de suspendre le travail d’explicitation quand cela devient nécessaire (évocations douloureuses, etc.), ne pas insister, savoir attendre et respecter la fragilité du candidat. Prendre soin, c’est également respecter la temporalité propre à chaque candidat dans son travail de maturation et d’écriture. C’est aussi l’accueillir dans un lieu neutre, chaleureux, calme, confortable, car le contexte dans lequel a lieu la rencontre est important. Chaque lieu est porteur de significations culturelles et symboliques qui favorisent (ou non) la relation.

L’explicitation de l’expérience

Dans ma pratique d’accompagnement, le candidat arrive généralement avec des évidences (positives ou non) sur son expérience qu’il peut expliquer mais sans y avoir encore porté un regard réflexif. Je commence par lui dire que nous allons concentrer notre attention sur son expérience et qu’il va être nécessaire d’expliciter celle-ci. Je dois alors lui montrer la méthode d’explicitation de l’expérience.

Passer de l’implicite à l’explicite

J’explique au candidat qu’il connaît son métier, qu’il en a l’expérience mais qu’il le connaît de manière implicite. Le travail de réflexivité sur l’expérience demande un effort de regard en arrière et j’invite le candidat à faire l’inventaire de son expérience professionnelle. Il s’agit, dans un premier temps, de laisser émerger cette expérience et de la déplier le plus possible en évitant surtout de la réduire au format du Livret 2. Mon rôle est d’amener le candidat à sortir du récit d’évocation de son expérience pour progressivement entrer dans le récit d’explicitation. Il s’agit de transformer l’expérience implicite (incorporée) en expérience explicitée. En faisant ressortir ses connaissances internes acquises dans le travail réel et en les confrontant au référentiel métier (du diplôme visé) le candidat comprend alors comment il travaille et voit émerger ses acquis (compétences qu’il met en œuvre).

Ce travail s’étale sur plusieurs mois afin de permettre un temps nécessaire de maturation chez le candidat. En effet, chaque rendez-vous génère chez lui une réflexion approfondie et c’est entre les temps d’accompagnement que se produit le travail d’écriture réflexive (en référence aux travaux de Lev Vygotski). Mais ce temps long peut entamer sa confiance tant que le candidat n’a pas pris conscience de cette nécessité. D’autre part, en prenant du recul sur son passé professionnel pour se projeter vers le futur, le candidat peut se sentir en déséquilibre, voire en danger et peut craindre, au début, de perdre le contrôle (du récit) de son expérience.

Compétence interrogative, posture d’étonnement

L’acte professionnel par lequel l’accompagnateur montre au candidat qu’il lui fait confiance, c’est la mise en situation dialogique, la délibération (Denoyel). Cette posture renvoie à la capacité de lâcher-prise de l’accompagnateur qui renonce à donner des conseils au candidat sur ce qu’il faudrait écrire, mais simplement à l’aider à « tenir conseil ». L’accompagnateur, qui est extérieur à la situation du candidat, est curieux mais pas intrusif. Il interroge le candidat avec des questions hospitalières et factuelles pour s’approcher de la situation que le candidat évoque. Il s’agit de comprendre comment le candidat a réalisé telle action et quelles connaissances il a mobilisées. Ces interrogations montrent l’intérêt que l’accompagnateur porte à l’expérience du candidat (Denoyel) ce qui lui permet d’être valorisé et de se sentir en confiance. L’accompagnateur, par son écoute centrée sur l’échange et sans jugement, donne au candidat la possibilité d’être écoutable, entendable. Et en dialoguant avec l’accompagnateur le candidat est amené à s’écouter. Ainsi, les questions qui lui sont posées aident le candidat à mieux voir l’expérience qu’il présente et à comprendre ce qu’il raconte. Ce travail de l’accompagnateur vient éclairer l’expérience du candidat qui peut se reconnaître capable par son récit et ainsi se faire confiance. Cette posture de naïf qui s’étonne de ce que dit l’autre permet à l’accompagnateur d’amener le candidat à s’interroger, à aller plus loin dans sa réflexion sur ce qu’il dit ou écrit. Toutefois, cette approche peut éventuellement étonner le candidat et susciter chez lui un sentiment de méfiance face à un accompagnateur qui agit comme s’il ne connaissait pas le métier dont parle le candidat.

Explicitation de l’expérience

L’accompagnateur est le tiers qui sert de médiateur au candidat pour lui permettre d’explorer, de regarder son expérience avec distance (recul, hauteur, pas de côté). Dans ma pratique je l’aide à « déplier » le plus possible les situations qu’il évoque. Dans ce travail d’explicitation, on explore d’abord le comment plutôt que le pourquoi, ce qui évite au candidat d’avoir l’obligation de se justifier (Vermersch). Par l’interrogation, j’invite le candidat à parler de son travail, à apporter des précisions à propos d’un terme (vague, procédural), à faire une description qui fait référence à une action et qui permet de comprendre le déroulement du processus des opérations réalisées pour mener cette action. Le candidat découvre qu’il a mémorisé des aptitudes intéressantes au cours de son expérience, sans même le savoir. En faisant expliciter le candidat sur ce qu’il dit (ou écrit), celui-ci est amené à faire des liens entre des situations vécues et des gestes professionnels qui étaient jusqu’alors juxtaposés. Lorsque je lui pose une question, la formulation de sa réponse va l’aider à mieux comprendre comment il a procédé au fur et à mesure qu’il le raconte. En effet, ce n’est pas parce qu’on a fait une action qu’on sait comment on a procédé précisément. La démarche explicitative amène le candidat à révéler ce qu’il ne connait pas encore de son expérience. Cela aide à passer de la conscience en actes à la conscience réfléchie (Vermersch). Quand on a une bonne représentation mentale d’une situation, le candidat peut alors passer au pourquoi et au sens qu’il a mis dans cette action. Cette capacité à se questionner sur comment il procède dans ses actions, permet au candidat de faire l’acquisition d’une nouvelle compétence (auto-explicitation).

Mais en dévoilant son vécu – sa part de lui-même – le candidat s’expose car le questionnement sur son expérience le touche au plus près de ses émotions, de son ressenti lors de l’encodage de l’action dans sa mémoire. Là encore, l’accompagnateur doit être bienveillant afin d’amener le candidat à s’autoriser à interroger son expérience sans avoir l’impression de se mettre en danger dans son identité professionnelle.

Mise à distance de l’expérience

Un processus de glissement s’opère et progressivement l’accompagnateur amène le candidat à prendre le recul nécessaire pour commencer à se dissocier de son expérience (cf. schéma 2). Je préfère parler de dissociation du candidat avec son expérience et non pas de séparation car l’expérience reste toujours liée au candidat (trait épais) et il ne peut que s’en distancier mais pas s’en séparer – surtout pas !


Figure 2 : Coélaboration du récit d’explicitation de l’expérience

Progressivement, il y a un processus de dissociation qui s’opère et qui permet au candidat de se décoller, se décaler, se décentrer de l’expérience dont il est porteur. À travers le reflet (l’écho) de l’accompagnateur, le candidat peut s’autoriser à regarder son expérience autrement que comme il la regardait ou pensait la connaître. En se dissociant de son expérience, le candidat peut se découvrir comme il ne s’était pas perçu jusqu’alors dans sa propre expérience. Et il prend conscience que lui et l’expérience dont il fait référence – et dans laquelle il est impliqué – ce sont deux choses différentes et qu’il est bien davantage que son vécu. Le candidat peut alors envisager de se voir différent de ce qu’il pensait être. Etant en confiance, le candidat peut sonder son expérience sans prendre le risque de la remise en cause, de la critique ou de la déstabilisation de sa personne, sans que cela le mette en danger dans son identité professionnelle. Il peut ainsi commencer à mettre du sens sur son vécu. Car mettre en mots et pousser hors de soi ce qui y était jusque-là enfoui, c’est apprendre à se raconter autrement (Ricœur). Le fait de pouvoir interroger l’expérience et d’accepter qu’elle puisse être autre que comme il pensait qu’elle était, permet au candidat d’affirmer, de lui-même et en confiance, l’identité professionnelle à laquelle il veut accéder.

Prise de conscience et reconnaissance de la valeur de l’expérience

Le travail de réflexivité sur l’expérience déséquilibre le candidat. Mais en explorant son expérience avec distance et en la regardant différemment, le candidat peut prendre conscience des connaissances incorporées que l’expérience et l’habitude ont produit en lui. En démontrant que ses gestes sont maîtrisés en situation, il peut prendre conscience de ses acquis. On peut faire l’hypothèse que la confiance se retrouve dans cette prise de conscience qu’offre l’assurance de ce processus de dissociation qui ne signifie pas que le candidat va être amputé de cette connaissance ou de son expérience mais qu’au contraire cela lui permet de réaliser combien son expérience est pleine de capacités à agir de manière adéquate en situations de travail. Il réalise qu’il dispose des acquis nécessaires pour agir avec compétence et qu’il a des compétences car on apprend quand on comprend ce que l’on fait (Denoyel). Il peut ainsi reconnaitre pleinement la valeur de son expérience. En se reconnaissant capable, le candidat se reconnaît dans son identité professionnelle. Il ne lui manque plus que le diplôme pour le confirmer socialement.

Faire le pari de la confiance émancipatrice

Dans cette démarche, l’accompagnateur amène le candidat à mobiliser ses propres ressources et à prendre des décisions par lui-même. Ainsi, le candidat a la possibilité d’avancer, en confiance, vers une plus grande autonomie. A un moment donné, le candidat en VAE ne dit plus nous dans son récit, mais je. C’est un je qui est raconté et qui rend son récit intelligible, partageable, qui peut être lu par l’accompagnateur, par le jury. C’est la dimension de la socialisation de l’écrit de VAE. La prise de distance par rapport au récit d’expérience et de mise en sens de cette expérience permet au candidat de s’émanciper de l’accompagnateur. Il y a là encore une prise de confiance du candidat. Et puis, à la fin, l’accompagnateur peut se retirer.


Figure 3 : Emancipation du candidat

Faire confiance dans les capacités du candidat

L’accueil bienveillant et l’explicitation sont essentiels. Mais il s’agit aussi de faire confiance dans les capacités du candidat. Car le reconnaître en tant que sujet responsable qui a des capacités d’improvisation et de raisonnement, c’est le mettre en confiance (Ricœur). En lui reconnaissant le pouvoir d’exprimer ses propres capacités, le candidat peut s’autoriser à explorer seul son expérience et à y mettre le sens qui lui convient. Je lui donne la possibilité de se découvrir et de chercher les réponses et les solutions qu’il possède en lui et qu’il est en mesure de mettre en œuvre à la hauteur de ses possibilités (capabilités). Il peut alors affirmer son identité d’acteur professionnel. En pratiquant ainsi, j’accepte de prendre le risque que le candidat tâtonne, fasse des erreurs, éprouve ses propres limites. Accepter que le travail d’explicitation du candidat soit incomplet et ne pas être tenté de le faire à sa place, est la meilleure manière de lui laisser sa liberté d’action et de lui accorder confiance.

Promouvoir l’émancipation du candidat

Je conclus ma réflexion sur l’importance de la confiance émancipatrice dans l’accompagnement en VAE. Cette confiance se construit sur des relations libres et coopératives, sans dépendance. En abandonnant une confiance sujette à l’immédiateté des attitudes émotionnelles et à des projections sur autrui, on peut aller vers une confiance plus réfléchie, mesurée, rationnelle (envers la situation). Cela implique de goûter la liberté du non-contrôle : « La confiance est bien don d’hospitalité et cela non par devoir, mais par bonheur » (Cornu). Cette posture implique de lâcher prise (l’emprise) dans la relation, sans intention et sans obligation de retour. C’est pouvoir apprécier ce qui circule « entre » si l’on ne demande pas de comptes. C’est accepter la réciproque mais sans attente et sans frustration si elle n’a pas lieu. Cette confiance-là repose sur le postulat qu’elle se joue dans une relation entre sujets capables et responsables qui se reconnaissent et se parlent, sans méfiance, dans le respect de la confidentialité, dans un cadre donné. C’est un lien qui libère les deux partenaires dans la relation. Cette confiance tranquille, distanciée, sans jugement, sans attente, acceptant sans émoi l’inconnu des êtres et des situations, permet à l’accompagnateur de rester attentif, ouvert, présent à ce qui se passe, à s’autoriser à ne pas savoir, à laisser l’autre libre de faire son chemin et à être prêt à ce qui peut advenir (Cornu).

Désormais, pour ma part, plus que l’obtention du diplôme par le candidat, je cherche à lui donner la possibilité de changement de soi et d’émancipation rendue possible par le travail d’explicitation de son expérience et de ses capacités. Car pouvoir se reconnaître soi-même capable (avant de l’être par le jury) renforce la confiance en soi !

Bibliographie

  • Assayag, L. (2016). Penser la confiance avec Paul Ricœur. Études Ricœuriennes, Vol.7.
  • Breton, H. (2015). Attention conjointe, coexplicitation de l’expérience et accompagnement en formation. Éducation Permanente, n°205.
  • Clénet, J. (2014). Le flou et le travail du sujet en formation ; les désordres de la reconnaissance. In Champy-Remoussenard, En quête du travail caché. Octares.
  • Cornu, L. (2006). La confiance comme relation émancipatrice. In Ogien A., Quéré L. (dir.), In Les moments de la confiance. Économica.
  • Denoyel, N. (2014). La délibération, tournant interlocutif de l’expérience. Éducation Permanente, n°198.
  • Paul, M. (2016). La démarche d’accompagnement. Louvain-la-Neuve : De Boeck.
  • Ricœur, P. (2004). Parcours de la reconnaissance, Paris : Gallimard.
  • Rogers, C. (2005). Le développement de la personne. Paris : Dunod-InterEditions.
  • Vermersch, P. (2017) [1994]. L’entretien d’explicitation, Issy-les-Moulineaux : ESF

[1] Mémoire de Master IFAC (Tours, 2018) et notamment d’une réflexion dialogique réalisée avec Philippe Menaut, praticien en sociologie clinique dans la fonction d’accompagnement.

[2] Je ne reviens pas ici sur les modalités de la VAE. Pour plus d’information sur le dispositif VAE, voir l’ouvrage coordonné par Bernard Liétard, Annie Piau et Pierre Landry. Pratiquer la reconnaissance des acquis de l’expérience : enjeux, modalités, perspectives. Lyon, Chronique Sociale, 2017.

[3] Le terme confiance vient du latin cumfidere, placer sa foi dans quelqu’un, croire en la valeur (morale, professionnelle) d’une autre personne ou d’une institution dont on ne peut pas imaginer de sa part tromperie ou incompétence. La confiance c’est la possibilité de se fier avec sécurité et assurance.

[4] J’ai eu la chance de faire moi-même une VAE pour obtenir le CAFERUIS.

[5] Avec l’Association Auvergne Rhône-Alpes pour la VAE du Travail Social et de la Santé (AVAETSS).

Derniers articles publiés :

Mon portfolio : Entre accompagnement et confiance
Mon portfolio : Entre accompagnement et confiance

06 12 93 04 40banda.pro@orange.frClermont-Ferrand, Lyon et alentoursMon portfolio : Entre accompagnement et confiance7 mars 2021Visualiser mon portfolio Derniers articles publiés :Mentions légales - Politique de confidentialité - Contact Frederic Banda © 2019 Site web...

Mentions légales - Politique de confidentialité - Contact

Frederic Banda © 2019
Site web réalisé par Narrovita.fr